'Ould
Abdel Aziz a contribué à la partition du Mali et au renforcement de
groupes terroristes qui ont, désormais, un territoire sous leur seule
gouverne'.
Kadiata Malick Diallo est
une icône de l’Assemblé nationale. Icône certes pas muette : sa voix
rompt la monotonie de la chambre basse du Parlement où les débats volent
souvent trop bas. Ses prestations, tout comme celles de ses collègues
Moustapha Ould Bedredine,
Yacoub Ould Moine ou
Maalouma Mint Bilal, l’ont fait apprécier de toutes les populations, opposition et majorité confondues.
Car, contrairement à nombre de ses pairs,
Kadiata Malick Diallo prend
la peine d’étudier ses dossiers, s’informe, notamment par des visites
de terrain, afin de s’acquitter, au mieux, de sa mission : défendre les
intérêts de ceux et de celles qui l’ont envoyée à l’Assemblée nationale.
Pour tout dire,
KMD est la fierté de l’institution parlementaire.
Le
Calame : En dépit des initiatives pour apaiser les tensions, tant
politiques, entre le pouvoir et la COD, que sécuritaires, à notre
frontière Est, le pouvoir poursuit la mise en œuvre unilatérale de
l’accord signé avec trois partis de l’opposition, en octobre dernier. Un
directoire de la CENI vient d’être rendu public. Que vous inspire cette
situation ?
Kadiata Malick Diallo : Je vous remercie de m’offrir
l’occasion d’émettre une opinion, modeste, sur des questions de
préoccupations majeures pour notre pays, que ce soit la crise politique
interne ou les problèmes de sécurité à notre frontière Est, en rapport
avec la grave situation que vit le Mali et l’installation, sur une
partie de son territoire, de groupes extrémistes terroristes.
Sur ce dernier point, nous avions manifesté, vous vous en souvenez,
notre opposition à la politique suivie par le pouvoir, qui consistait
non pas à se limiter à la protection de nos frontières et de nos
citoyens, à l’intérieur de celles-ci, mais à amener nos forces armées à
intervenir en territoire malien, selon la stratégie dite « préventive »
qui a échoué en Irak et en Afghanistan, bien qu’elle fût mise en œuvre
par les armées les plus puissantes du monde, celles des USA et de
l’OTAN.
Non seulement, le pouvoir avait engagé notre armée dans
une guerre, de manière illégale – en démocratie, une telle décision
requiert l’aval du Parlement – mais il était, en outre, clair, pour tout
le monde, qu’il la faisait par procuration, répondant à un agenda dicté
par la France de Sarkozy.
Quelques mois plus tard, le président mauritanien a poussé l’aventure en
cautionnant la rébellion touarègue : c’est le sens de sa déclaration
d’alors, stigmatisant la faiblesse du pouvoir de Bamako et celle du
ministre des Affaires étrangères, justifiant, ainsi, la nature et la
position de la rébellion puis l’installation d’une direction politique
de celle-ci à Nouakchott. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Ould
Abdel Aziz a contribué à la partition du Mali et au renforcement de
groupes terroristes qui ont, désormais, un territoire sous leur seule
gouverne.
Aujourd’hui, même si le pouvoir semble plus discret,
il faut le mettre en garde contre toute tentative de jouer sur la carte
identitaire – congrès des Arabes du Mali, à Nbeikit Lahwach – qui
risquerait d’accélérer une « somalisation » du Mali.
Concernant le premier volet de votre question et les différentes
initiatives que vous évoquez, elles sont au moins à saluer, si tant est
qu’elles visent à apaiser les tensions en question et à surmonter la
crise multidimensionnelle que vit le pays. Une crise bien réelle, de
l’avis de tous, à l’exception d’Ould Abdel Aziz et de son cercle
restreint. C’est, d’ailleurs, ce qui explique qu’il fasse semblant de
mettre en application les résultats du « soi-disant dialogue »,
résultats qui, à notre avis, ne changeront rien, de manière
fondamentale.
L’entêtement du pouvoir à remettre en cause
l’accord de Dakar et son engagement dans un nouveau dialogue sans aucune
garantie était destiné à nous engager dans un processus brumeux et sans
lendemain, qui permettrait à Ould Abdel Aziz de continuer à divertir et
à manipuler l’opinion. Il n’a même pas été capable de respecter les
termes de la loi et de son propre décret d’application, pour la mise en
place de la CENI, d’où la contestation, même de certains partis de la
majorité.
Pensez-vous que l’initiative du
président Messaoud a des chances de réussir ? Sinon, quelles garanties
faudrait-il, à l’opposition, pour qu’elle renonce au départ d’Aziz du
pouvoir et accepte de négocier ?
L’initiative du président Messaoud, comme d’ailleurs celle des autres,
bute, en premier lieu, sur l’obstacle Ould Abdel Aziz qui nie
l’existence d’une crise dans le pays et qui, par conséquent et pour
cette raison, est loin de songer à une quelconque de sortie de crise. Je
crois que l’UFP et la COD toute entière ont promis de répondre à
l’initiative du Président Messaoud. Je ne peux donc pas anticiper sur ce
que sera cette réponse.
Les propos qu’aurait tenus sur
Mauritanid FM l’ancien chef de l’Etat, Ely Ould Mohamed Vall, ont
suscité moult réactions, du côté de la communauté négro-mauritanienne.
Comprenez-vous ces réactions ? Mais, curieusement, ni l’UFP, connue pour
sa promptitude à commenter les questions d’unité nationale, ni la COD,
ni la majorité présidentielle n’ont tenu à s’exprimer sur ce sujet, ne
serait-ce que par des communiqués. Comprenez-vous cette omerta ?
Nous comprenons bien la colère et l’indignation de tous ceux qui ont,
naturellement, réagi aux propos qu’aurait tenus, comme vous le dites,
l’ancien chef de l’Etat Ely Ould Mohamed Vall. Beaucoup de nos
compatriotes maures se sont également démarqués de ces propos
malheureux. Ce ne sont pas seulement les Négro-africains qui l’ont fait.
Encore que ces réactions ne revêtent pas les mêmes formes ni les mêmes
motivations.
Allez savoir ce que valent les indignations de
certains négro-africains qui parcouraient, hier, le Monde, pour tenter
de justifier, honteusement, les abominables crimes commis sous le règne
de celui qu’ils portaient, alors, aux cieux. La tragi-comédie à laquelle
les uns et les autres se sont livrés – marches, déclarations et
rassemblements, pour dénoncer Ely au profit d’Aziz – n’inspire que
dégoût et exaspération.
Quant à l’UFP, elle a une position claire et sans équivoque, connue de
tous, par rapport à toutes les questions liées aux évènements de 89.
Cette
position est constante, il n’y a rien d’étonnant, encore moins de
curieux, si elle n’a pas fait de déclaration particulière, à cette
occasion. D’autant que je me suis, solennellement, exprimée à
l’Assemblée nationale, sur ce point, et je crois représenter,
valablement, l’UFP. Si omerta il y a, le silence de l’UFP pourrait être,
plutôt, qualifié de turbulent.
Propos recueillis par
Dalay Lam